Roman Photo

« Roman photo » 2008

« C’est en traversant la ville en voiture que s’est imposée à moi l’idée d’exploiter l’espace offert par les panneaux d’affichage pour générer un échange, mettre en scène un jeu de miroir et d’écho entre l’image, la ville et les citadins », dit Frédéric Rillardon

Ainsi est née la série « Roman photo »…

Libérés de tout slogan publicitaire et autre information municipale, les éléments de mobilier urbain y disparaissent derrière une photographie en trompe-l’œil, qui révèle le paysage auparavant obstrué, recréant ainsi le sentiment d’une perspective jusqu’alors masquée.

Dans un double mouvement presque paradoxal, l’image semble cesser de faire écran et réinvente ce qu’elle prétend dévoiler.

Disséminées dans la cité, ces images, peuplées de personnages, traceront un parcours sans début ni fin, laissant à chacun, au fil de ses déambulations, le soin d’inventer ou non une histoire les reliant les unes aux autres.

Laurence Cacaud  

Anthropocène

S’il évolue toujours au gré de la variation des saisons, de la luminosité et des conditions climatiques, le paysage, façonné par l’action de l’homme, modelé par sa main et marqué de son empreinte, est finalement devenu, au fil du temps, plus culturel que naturel.

Désireux de matérialiser ce passage d’une nature originelle à un environnement profondément transformé par l’intervention humaine, Frédéric Rillardon a choisi,
pour donner libre cours à sa vision du paysage en 2017, d’utiliser la machine à coudre, envisagée comme processus à la fois de la mécanisation du travail (moteur de la création des paysages agro-industriels) et de la volonté de l’homme de « dompter » la nature pour répondre à ses besoins.

Dans ce travail, créations originales et tableaux inspirés d’œuvres marquantes de l’histoire de l’art se côtoient, pour dessiner un panorama mettant en lumière l’évolution du rôle et de la place de l’homme dans le paysage.

Sur une reproduction des scènes pastorales de Millet, chinée dans les brocantes, Frédéric Rillardon en redessine mécaniquement les sillons à l’aide de sa machine à coudre et, métamorphosant les champs de l’Angélus en stade de football, nous présente une société dans laquelle le sport, l’argent et le chronomètre tiennent désormais lieu de religion, tandis que les populations peinent à se nourrir. Le paysage devenu terrain de jeu…

Le regard qu’il pose sur Les Glaneuses est quasiment scientifique, émaillant le tableau de focus circulaires faisant écho à une vision microscopique du monde et aux boîtes de Petri utilisées pour la mise en culture de micro-organismes, qui esquissent d’autres paysages et dessinent les nouveaux horizons du déploiement de notre savoir-faire technique.

Par le jeu de la mécanisation, Les meules de Monet se muent quant à elles en balles de foin, dans des scènes dont la lumière et la composition demeurent toutefois fidèles à la recherche esthétique initiale du peintre de Giverny.

De même, la parcelle de colza rectiligne filant jusqu’à l’horizon n’est pas sans évoquer le Champ de blé aux corbeaux de Van Gogh, dans une version rationalisée, domestiquée, moins brute et tourmentée, dénuée de toute présence animale « nuisible ».

Plus loin, Frédéric Rillardon met en scène des environnements paysagers dans lesquels l’action et la présence humaine sont paradoxalement d’autant plus visibles qu’elles sont « gommées », découpées sur fond blanc, tout comme les alignements de croix, clin d’œil à la thématique de la vanité et de la nature morte, symbole ultime du lien unissant l’homme à la terre.

Filant la métaphore couturière, l’artiste tente enfin, dans un dernier élan, de « raccommoder » nature et culture, en usant de ses fils pour recoudre un tableau déchiré…

Laurence Cacaud  2017

« Ne cherchez pas le corbeaux »

40×30 cm Couture machine, acrylique

3 tableaux 15x15cm  Couture machine
3 tableaux 15x15cm Couture machine

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Trophées

« De nature éduquée »

Couleurs à l’huile diluable à l’eau sur panneaux routier dimensions variables

Moucharabieh

Femmes sans visage, réduites à un corps érotisé, dévoilé par la transparence faussement couvrante de la dentelle…

Femmes sans regard, sans autre identité que le prénom choisi par l’artiste pour intituler l’œuvre produite…

Frédéric Rillardon nous livre, avec Moucharabieh, une série de toiles qui, réinterprétant les codes de la publicité, nous invitent à une réflexion sur la perception et la représentation du corps féminin dans les sociétés modernes.

Bien loin des standards de la Grèce antique, dans lesquels la beauté physique figurait celle de l’esprit, de la Vénus du Titien, tout en langueur et en sensualité, de la nudité voluptueuse et impudique de l’Odalisque de Boucher ou de l’audacieuse Origine du monde de Courbet, il met en scène un corps féminin devenu objet : objet publicitaire, objet de revendication, que l’on exhibe ou que l’on dissimule.

L’utilisation d’un support tendu de dentelle, sur lequel il applique une peinture acrylique, lui permet de créer des effets de matière révélant les vides et les pleins d’une étoffe qui cache et révèle, voile et dévoile, à l’image d’une société qui, tout en magnifiant le corps, l’instrumentalise.

Ces toiles nous renvoient l’image d’un monde bipolaire, qui tantôt couvre le corps féminin jusqu’à l’effacer, tantôt utilise la nudité à des fins mercantiles en l’hypersexualisant.

Dans tous les cas, cela interroge le regard posé sur la place des femmes dans la société et soulève une certaine ambiguïté, y compris peut-être dans la démarche même de l’artiste, qui entend dénoncer une tendance dont il utilise pourtant les codes