Trophées

« De nature éduquée »

Trophée installation

Depuis le néolithique, les relations entre les sociétés humaines et la nature qui les entoure sont placées sous le signe d’une volonté permanente de maîtrise, de domination.

Devenus, grâce aux progrès des sciences et des techniques, « comme maîtres et possesseurs de la nature », pour reprendre la formule chère à Descartes, les hommes n’ont eu de cesse de poursuivre leur rêve de toute-puissance, au point que la tentation est grande aujourd’hui d’utiliser les possibilités offertes par les biotechnologies pour aller vers un « homme augmenté », un sur-humain aux potentialités décuplées.

Sans relâche, l’homme a travaillé à s’extraire de la nature, pour la surplomber avec une certaine arrogance.

Symbole de cet homme pressé et dominateur, l’automobiliste n’entretient avec la nature qu’une relation lointaine et utilitariste. Seuls les panneaux routiers lui rappellent occasionnellement la présence alentours d’animaux, sauvages ou domestiques, avec lesquels une « rencontre » fortuite pourrait être dommageable. Nature: attention,  danger !

Dans cette série, à mi-chemin entre le trophée de chasse et le portrait l’homme est placé sous le regard interrogateur de cette nature qu’il n’a cessé de mettre à distance, jusqu’à oublier qu’il en faisait partie intégrante.

En redonnant aux animaux stylisés sur les panneaux routiers une identité, une singularité, en les faisant passer du noir à la couleur, pour ne pas dire de l’ombre à la lumière, Frédéric Rillardon a souhaité inviter à une réflexion sur les risques de « sortie de route » auxquels l’humanité s’expose en poursuivant inlassablement sa quête de performance…

Laurence CACAUD 2017

Couleurs à l’huile diluable à l’eau sur panneaux routier dimensions variables

Moucharabieh

Femmes sans visage, réduites à un corps érotisé, dévoilé par la transparence faussement couvrante de la dentelle…

Femmes sans regard, sans autre identité que le prénom choisi par l’artiste pour intituler l’œuvre produite…

Frédéric Rillardon nous livre, avec Moucharabieh, une série de toiles qui, réinterprétant les codes de la publicité, nous invitent à une réflexion sur la perception et la représentation du corps féminin dans les sociétés modernes.

Bien loin des standards de la Grèce antique, dans lesquels la beauté physique figurait celle de l’esprit, de la Vénus du Titien, tout en langueur et en sensualité, de la nudité voluptueuse et impudique de l’Odalisque de Boucher ou de l’audacieuse Origine du monde de Courbet, il met en scène un corps féminin devenu objet : objet publicitaire, objet de revendication, que l’on exhibe ou que l’on dissimule.

L’utilisation d’un support tendu de dentelle, sur lequel il applique une peinture acrylique, lui permet de créer des effets de matière révélant les vides et les pleins d’une étoffe qui cache et révèle, voile et dévoile, à l’image d’une société qui, tout en magnifiant le corps, l’instrumentalise.

Ces toiles nous renvoient l’image d’un monde bipolaire, qui tantôt couvre le corps féminin jusqu’à l’effacer, tantôt utilise la nudité à des fins mercantiles en l’hypersexualisant.

Dans tous les cas, cela interroge le regard posé sur la place des femmes dans la société et soulève une certaine ambiguïté, y compris peut-être dans la démarche même de l’artiste, qui entend dénoncer une tendance dont il utilise pourtant les codes

Laurence Cacaud